La corruption en Afrique

Dire que la corruption est présente en Afrique pourrait s’apparenter à un doux euphémisme, tant celle-ci a été institutionnalisée en programme de gouvernance et inscrite, depuis des lustres, dans les mœurs de la société africaine.

En Afrique, la corruption est tout ce qu’il y a de plus normal, banal. On la retrouve partout, si bien qu’elle n’étonne plus personne, bien au contraire, c’est son absence qui est perçue comme un véritable événement. Depuis les plus hautes instances dirigeantes jusqu’au simple citoyen lambda, tout le monde est impliqué dans le schéma sur le continent. Que ce soit dans l’administration, le commerce, l’attribution de marchés, le secteur public, le secteur privé, ou encore dans les pratiques sociales, les dessous-de-table sont érigés en véritable règle de « bienséance » qui ouvre toutes les portes.

Les cercles politiques ne sont pas épargnés, ils sont, généralement, la locomotive qui tracte la dynamique de la corruption dans les pays africains. En effet, les poursuites pour détournement de fonds, malversations ou corruptions sont très rares, voire quasi inexistantes sur le continent. Pourtant, ce sont des pratiques quotidiennes et de notoriété publique sous nos cieux. L’impunité est une règle d’or dans les cas de corruptions et ce n’est pas la justice, très ancrée dans le système, qui va le contester.

Selon les rapports publiés en 2016, par la Banque Afrique de Développement (BAD), l’Afrique perd 148 milliards de dollars, chaque année, du fait de la corruption dont 60 milliards de flux illicites qui partent du continent. Devant la gravité de ce constat, Akinwumi Adesina, le président de la BAD, avait appelé à l’accélération de la lutte contre la corruption et les flux financiers illicites pour permettre la transformation économique de l’Afrique. «L’Afrique perd environ 148 milliards de dollars par an en raison de la corruption. Les flux financiers illicites font aussi perdre au continent 60 milliards de dollars, chaque année. Ces fonds auraient dû être affectés aux secteurs de l’éducation, de la santé, de l’eau et de l’assainissement. Partout où vous avez une corruption massive, le développement est en retard», a-t-il déclaré.

L’Afrique dans le rouge

Déjà en 2010, la Banque mondiale interpellait les décideurs africains dans son édition «Indicateurs du Développement pour l’Afrique» sur «la corruption discrète» et ses conséquences sur l’économie et le développement. Un type de corruption défini comme le manquement des fonctionnaires au devoir de fournir les biens ou services financés par les administrations publiques. Toutefois, les interpellations de ces grandes institutions bancaires ne semblent pas avoir eu l’effet escompté auprès des Africains. Aujourd’hui encore, en 2017, la corruption est omniprésente dans le continent. Du Maghreb aux pays d’Afrique subsaharienne, aucun pays n’est épargné. La corruption est «en quelque sorte», inhérente à l’espèce humaine donc présente dans tous les pays du monde sous quelques formes que ce soit.

Des continents tels que l’Amérique du sud et l’Asie sont fortement touchés par ce phénomène. Mais dans ce domaine, les Africains tiennent la dragée haute au reste du globe. Le classement effectué en 2016 par Transparency International, une ONG de lutte contre la corruption des gouvernements et institutions gouvernementales mondiaux, est révélateur. Le pays le moins corrompu du continent et classé 35è au rang mondial sur 176 pays est le Botswana. La Somalie arrive en toute dernière position avec le titre du pays le plus corrompu de la planète. L’on retrouve également la plupart des pays africains dans la deuxième moitié du tableau qu’ils se disputent avec les pays sud-américains et asiatiques.

La frontière floue entre pourboire et corruption

En Afrique, la corruption ne revêt pas, forcément, la même connotation sémantique que partout ailleurs dans le monde. Sur le continent, corrompre ou se faire corrompre est tout ce qu’il y a de plus normal. Le phénomène est tellement ancré profondément dans le système qu’il en est pleinement partie intégrante. Les agents de l’administration, tant dans l’exercice du service public que dans les transactions financières, favorisent la corruption au vu et au su de tous sans que cela n’émeuve personne. C’est normal, dit-on. A tel point que les citoyens sont contraints de soudoyer ou du moins, «donner un petit café» comme on dit dans certains pays, pour bénéficier de services administratifs auxquels ils ont pourtant droit. A l’hôpital, à l’école, au commissariat de police, à la justice, etc. partout la corruption est de mise.

Dans des pays où la majorité des citoyens, mêmes intellectuels, ne sont pas informés de leurs droits, il n’est pas exclu d’entendre «ça a toujours été ainsi», «C’est le système» ou encore «C’est ce que tout le monde fait» quand on soulève des interrogations sur le bien-fondé de ces pots-de-vin que ces adeptes ne reconnaissent pas comme tel mais plutôt comme un «pourboire» pour «service» rendu. Devant le mutisme des autorités face à cette lamentable situation, les populations, impuissantes, n’ont d’autres choix que de s’accommoder au système et faire partie du cercle vicieux. Un tel système de société a pour conséquence directe de ralentir considérablement les investissements et les capacités des entreprises qui travaillent sur le continent africain.

En réponse aux rapports des organismes internationaux, plusieurs pays africains ont décidé de mettre en place des plans nationaux pour venir à bout de cette gangrène que subissent, de plein fouet, les plus pauvres. Des numéros verts pour dénoncer les actes de corruption aux audits et contrôles, les actions se multiplient sur le continent mais les résultats se font toujours attendre. En effet, aucune avancée notable n’est observée, de quoi douter de la sincérité de la lutte engagée par les gouvernants africains. Ce n’est certainement pas demain la veille de l’éradication de la corruption en Afrique.

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